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Mot de passe oublié ?Qu’est-ce qu’on vit quand on a vingt, qu’on est une femme juive ou une femme arabe ? En France ces deux communautés sont très importantes, mais que sait-on d’elles hormis les clichés qui se répètent et clivent ? Les fêtes, mais aussi les douleurs ou le mal-être se vivent dans le huis clos familial. À l’extérieur c’est parfois le mépris, voire la violence. Les effets de la colonisation perdurent, les préjugés antisémites aussi. La méconnaissance est nourrie. Loin de l’Hexagone, Arabes et Juifs s’affrontent. Les images diffusées sont terribles, alimentent la haine de l’autre. C’est dans ce contexte géopolitique qu’arrive sur les écrans le film de Hanaël El Yousfi. La jeune femme n'est pas sortie indemne de son enfance et de son adolescence. Née en Provence au sein d’une famille d’origine marocaine, seule fille d’une fratrie de cinq, dont le père a trimé laborieusement toute sa vie. Hanaël a noué de solides amitiés dans les deux communautés et, passionnée de cinéma, elle a depuis longtemps en tête de montrer au grand public ce qui les rassemble, ce qui leur ressemble. Pour se donner une assurance, elle fait des études de droit. Pour se redonner le goût de vivre, elle fait du cinéma, seule, sans formation mais nourrie par sa cinéphilie. Il y eut d’abord un court métrage, Mazel Brouk, sorti en 2021. Puis un long métrage, Les filles d’Abraham, présenté les 20 et 23 octobre au Cinemed, festival du cinéma méditerranéen.
Sans tabou. L’amitié entre Myriam (Mélissa Guers), de culture musulmane, et Eva (Ava Baya), de culture juive, est au cœur du long métrage. Tout commence par une fête au Maroc, ses musiques, ses danseuses. Ce sont les vacances, Myriam se sent libre de s’échapper dans un dancing moins traditionnel… Puis c’est le retour à Marseille, et dans le huis clos familial les traditions se perpétuent quand bien que mal. Myriam et Eva les vivent à leur façon. Myriam, personnage central du film, fait le lien avec la famille d’Eva. Elle est habituée à la même cuisine, les fêtes musulmanes et juives sont très proches, les musiques aussi, et son prénom ne la distingue pas des filles juives qui le portent elles aussi. Frères et père sont les gardiens d’une culture patriarcale, les mots sont parfois durs, les gestes aussi… Pour Eva, c’est la mère (Vanessa Liautey) qui occupe le terrain de l’injonction à ses filles à qui elle souhaite un mari juif, beau et riche, comme l’est leur père. Ces portraits de femmes ne sont pas éloignés de la culture patriarcale qui domine un peu partout en France, et qui est même encouragée aujourd’hui. Ce qui est précieux dans ce film c’est qu’il n’occulte aucun tabou ni aucune pression exercée sur les femmes, et s'accorde avec la complexité d'être femme. La culture de chacune est posée, à chaque femme de faire avec ou de s’en libérer, sans vouloir casser le puissant lien familial. Les derniers moments du film, qui se déroulent à Berlin, agissent comme une délivrance. Participant à un cours de Dance Fusion, les deux amies laissent parler librement leurs corps, qui ondulent, se frôlent, émouvants de sororité.
Un film thérapeutique. Pour Hanaël El Yousfi, la réalisation a eu des vertus thérapeutiques et a fait sauter quelques verrous. Chaleureusement accueilli par le public, six fois primé, produit par les Films du Losange, il sera accueilli en salle en France le 30 décembre. Ce succès a les couleurs d’un conte de fée, mais les débuts n’allèrent pas de soi. « Au départ, mon projet était un peu mission impossible. En France, les communautés juives et musulmanes sont saturées de clichés et je ne voulais absolument pas ça. Je voulais rapprocher deux communautés que j’aime » témoignait la réalisatrice après la projection. Il a fallu convaincre, un co-scénariste et un producteur pour m’aider à porter un film capable de montrer les cultures, les familles, les langues, les religions des juifs et des arabes à travers ce qui les lie, les rassemble et leur ressemble.
Les filles d'Abraham sort en salles le 30 décembre 2026