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Mot de passe oublié ?La comédie musicale Cabaret n’a cessé d’inspirer. Rendue populaire par le film éponyme de Bob Fosse et son interprète Liza Minnelli, la comédie musicale fut d’abord l’adaptation d’une pièce de théâtre créée à Broadway en 1966, elle-même inspirée du livre de Christopher Isherwood, The Berlin Stories, paru en 1945. Après sa version américaine, elle a eu sa version anglaise, puis française. Joris Mujica s’en est emparé pour la réécrire, la repenser, lui donnant pour titre Kabarett. L’histoire ne se situe plus dans l’Allemagne des années 30, quand les nazis s'activent à mettre sur pied le Troisième Reich et que les spectacles extravagants de la boîte de nuit berlinoise du Kit Kat Club, emmenés par le Maître de cérémonie La Emcee et la chanteuse vedette, font oublier au public leurs difficultés et les menaces grandissantes qui pèsent sur le monde.
À 28 ans, Joris Mujica transpose l’argument en 2032 à Paris. La maîtresse de cérémonie du Kabarett Klub a une voix puissante, chante divinement, et mène rondement la troupe des comédiens, chanteurs, danseurs de la boîte de nuit, les Kabarettes. Comme dans son modèle, arrive un écrivain américain. Fuyant sont pays où ses écrits attirent les foudres, il retrouve un ami qui travaille dans la boîte de nuit parisienne, unique vestige des lieux de fête de la capitale, et loue une chambre minable au loyer exorbitant dans l’immeuble où vivent Zélie, la chanteuse star du Kabarett Klub et une étudiante en paléontologie qui passe ses nuits à pleurer et hurler. Deux musiciens jouent, perchés dans une des loges encastrées dans le mur de scène.
Hitler aurait fait un burn Out. Kabarett n’est pas donné dans l’un des grands théâtres de Paris, avec riches décors et costumes. Le spectacle se joue au Studio Esca où Joris Mujica a passé trois années, sous la direction du metteur en scène Paul Desveaux. Ce dernier avait déjà été ébloui par le résultat d’une carte blanche que le jeune artiste avait produit. Avec Kabarett, il transforme l’essai. Et finalement que cette comédie musicale naisse sur cette scène d’Asnières a du sens. L’esprit Esca c’est une grande camaraderie, une grande solidarité aussi quand les premières années sont poussées au meilleur de leur talent en herbe en jouant avec les élèves de 3ème année. Des années après leur formation en alternance, ils gardent le contact, prennent des nouvelles des uns et des autres. Et puis avec Kabarett, Joris Mujica montre que Paris est toujours un sujet de roman et de romance. Et que le rire permet toujours d’entendre le pire. Et 2032 est en effet l’ascension du pire : les fascistes sont au pouvoir, les chansons doivent être édulcorées, Kabarett Klub n’a plus lieu d’être. Mais on rit en écoutant La Emcee : « Entre les gouines, les trans, les pédés, les noirs, les arabes, les migrants, les réfugiés, les féministes, et les joueurs paralympiques, [Hitler] aurait plus su où donner de la tête, le mignon. Non ? »/… « En fait, je crois que s’il avait vécu à notre époque, devant cette belle proposition de peuples à exterminer, Hitler aurait fait un burn-out ».
En 2032, les artistes sont toujours fauchés, mais ils sont portés par la foi en leur art, leur plaisir de jouer et de faire troupe.