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La maison des femmes, lieu d’accueil et de parole des violences

par Véronique Giraud
Le film
Le film "La Maison des femmes" réalisé par Mélisa Godet avec Eye Haïdara, Karin Viard et Laetitia Dosch porte le titre de l’établissement fondé à Saint-Denis en 2016. DR
Hors-Champs Société Publié le 07/03/2026
L'aventure de la Maison des femmes, lieu fondé pour accueillir les femmes victimes de violences, est aujourd'hui sur les écrans. Le combat mené par le médecin Ghada Hatem-Gantzer, et aujourd'hui par les équipes qui accompagnent les femmes et les sortent de la cruauté du silence imposé, mérite public et soutien inconditionnel.

En salles depuis le 4 mars, La maison des femmes est devenue une fiction à découvrir sur grand écran. Mais La maison des femmes, tout comme celle qui l’a fondée, sont bien réelles. Le médecin Ghada Hatem-Gantzer, qu’incarne Karin Viard dans le film réalisé par Mélisa Godet, a fondé la première de ces maisons en 2016 à Saint-Denis après avoir mené un rude combat pour donner un lieu dédié aux femmes victimes de violences.

Lieux d’accueil, de consultation et d’écoute, 34 maisons des femmes accueillent aujourd’hui les victimes. En France, une femme est victime de viol ou de tentative de viol toutes les deux minutes, une femme est victime de féminicide ou de tentative de féminicide par son conjoint toutes les sept heures. Dans le monde, selon l’OMS, 4 millions de filles sont excisées chaque année (la moitié d’entre elles a moins de cinq ans) et, bien que la mutilation génitale soit interdite en France, des petites filles y sont contraintes quand elles rendent visite à leur famille en Afrique.

 

Quand les femmes parlent. Lorsque Ghada Hatem-Gantzer, qui exerce en tant que gynécologue obstétricienne, observe et comprend les violences silencieuses que subissent les femmes, n’osant pas parler, vivant sous la menace, elle ne peut pas rester inactive. Née à Beyrouth en 1959, elle a connu les horreurs de la guerre et a gardé en elle la conviction que si on doit agir il faut le faire dès que possible. Après la clinique des Bleuets à Paris, puis l’hôpital de Saint-Mandé (Val de Marne), elle exerce sa pratique à Saint-Denis. Dans cette périphérie parisienne, elle découvre des femmes qui viennent de partout dans le monde, pas moins de 140 nationalités cohabitent dans l’hôpital, et reçoit le choc de voir des personnes vivant sans aucun revenu, comme celui de voir la souffrance des jeunes filles excisées.

Ghada Hatem-Gantzer expérimente d’abord qu’en leur posant des questions précises et bienveillantes, les femmes parlent, et qu’en leur proposant des solutions pratiques plutôt que leur faire raconter le calvaire qu’elles ont subi, un lien de confiance peut se nouer.

 

Les violences faite au femmes, un impensé. En 2016, malgré la diffusion des effroyables statistiques, la violence faite aux femmes était toujours un impensé, raconte la gynécologue. Ce qui l’a amené à l’idée de créer un lieu ce sont les violences que lui ont raconté ses patientes. Leurs témoignages a construit au fur et à mesure de sa pratique à Saint-Denis des situations psychiques et sanitaires, dont on ne parle pas dans les facultés. Aucun parcours médical n’est programmé pour la violence. Pour Ghada Hatem-Gantzer, l’évidence était de trouver un endroit pour accueillir, prendre en charge, parler de ces violences. Et « Les femmes sont venues ». Actuellement 25 000 femmes transitent chaque année dans ces maisons qu’ouvrent les médecins.

La difficulté pour trouver des soutiens fut égale aux moqueries et aux dédains qu’inspirent ces « histoires de bonnes femmes », bien moins glorieuses que la recherche contre le cancer par exemple. Si le ministère de la santé et les ARS se sont montrés hésitants, des femmes, retraitées pour la plupart, ont frappé à la porte des maisons pour apporter leur aide aux victimes. Et l’essai fut transformé, les équipes constatant que cet accompagnement venait en complément de toutes les thérapies proposées, voire était plus efficace. Aujourd’hui une douzaine d’ateliers sont proposés toutes les semaines.

Pour faire face à la dimension dramatique de témoignages et l’horreur de certaines situations, les personnels des Maisons des femmes ont pour armes la convivialité, la solidarité, l’esprit d’équipe… et la fête ensemble.

 

Ghada Hatem-Gantzer est l'auteure de Avorter un droit en danger (éditions La Martinière jeunesse).

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