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Mot de passe oublié ?Tawfik Sabouni fait le voyage en voiture avec quatre anciens prisonniers. tous arrêtés sans motif. Le réalisateur syrien a été arrêté, alors étudiant, parce qu'il filmait une manifestation. Deux étaient ouvertement anti régime, un autre avait sept ans quand il y a été emmené. À la vue de la terrible prison Saydana, où l’on a maltraité, torturé, violé hommes et femmes, les yeux brillent, les larmes coulent, les regards se détournent. La voiture s’arrête, les marches sont péniblement gravies, les premiers pas à l'intérieur hésitants. Puis le petit groupe essaye de se repérer dans le dédale dévasté. Les premières cellules apparaissent, et les souvenirs affluent. Quand l’un raconte les tortures, le meurtre d’un des compagnons d’infortune, les sévices des gardiens en tenue militaire, les autres écoutent, puis lorsqu’il s’effondre l’un d’eux le serre spontanément dans ses bras. De salle en salle, de couloir en couloir, reviennent en mémoire les positions des corps dictées par les gardes qui obligeaient les prisonniers à se tenir par la hanche, tête baissée et genoux pliés. Les corps des cinq se plient à nouveau et reforment à l'identique une file longeant le mur d'un couloir. Plus de garde pour frapper celui qui tombait en descendant une marche, plus d’insultes à leur passage, mais chacun revit le trauma. La solidarité entre ces hommes est là, inépuisable, inébranlable.
Tous les prisonniers souffraient de la faim. Pour rendre compte de leurs corps squelettiques, Tawfik Sabouni utilise des marionnettes aux cavités orbitales surdimensionnées et aux côtes saillantes. Maigres corps alignés dans un dortoir, ou aux genoux pliés dans la position que les gardiens apprenaient aux prisonniers pour transporter plus facilement les cadavres. Autant de supplices qui aujourd’hui encore déclenchent cauchemars et tristesse. Une fois hors de la prison, assis sur le sol, ils se racontent les pensées qui les faisaient tenir vivants, puis les difficultés après leur libération.
Ce film documentaire est un témoignage historique nécessaire. Dans une zone désertique à 30 km au nord de Damas, la prison de Saidnaya a été construite sur ordre de Hafez el-Assad, pour y incarcérer les opposants politiques à partir de 1987. Son fils, Bachar el-Assad, y a enfermé des milliers de Syriens dans des conditions inhumaines. Entre 2011 et 2018, environ 30 000 détenus y sont décédés sous la torture ou par pendaison, selon les estimations et les rapports d'organisations comme Amnesty International. À la chute du régime du dictateur, elle a été prise par les forces d’opposition en 2024 et les survivants libérés. Surnommé l’abattoir humain, le lieu est visité aujourd’hui par les nombreuses familles dont les membres ont été enfermés et ne sont jamais revenus. Les corps dissous dans l’acide et les fosses communes gardent le secret. Pour ceux qui ont survécu, le sentiment d'une vie volée domine. C'est cette vie que raconte admirablement De l'autre côté du soleil.