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Le cirque moderne s’écrit avec « Panache ! »

par Véronique Giraud
Entrée de l'exposition Panache ! ©Rivaud-NAJA
Entrée de l'exposition Panache ! ©Rivaud-NAJA
L'école de Versailles. © Christophe Raynaud de Lage
L'école de Versailles. © Christophe Raynaud de Lage
Exercices de Franconi et Astley Passe temps par V. Adam © Gauthier HIMBER - Musées de Châlons-en-Champagne
Exercices de Franconi et Astley Passe temps par V. Adam © Gauthier HIMBER - Musées de Châlons-en-Champagne
Arts vivants Cirque Publié le 19/11/2025
Le cirque est entré dans nos vies, le plus souvent dès l’enfance. Le divertissement, porté au rang d’art aujourd’hui, a conquis le monde entier. Mais on ignore souvent comment il est né, une histoire passionnante que conte l'exposition Panache ! au musée des Beaux-Arts de Châlons-en-Champagne.

On ne pouvait trouver meilleur titre pour la troisième exposition préfigurant la création du futur musée des arts du cirque, le premier au monde, qui devrait voir le jour en 2029. Châlons-en-Champagne, son passé militaire et son historique Centre National des Arts du cirque, se prépare à devenir la destinée circassienne par excellence. Jusqu’au 16 mars 2026, son musée des Beaux-Arts et d'Archéologie invite à remonter le fil des origines du cirque moderne, né de l’art équestre et de l’armée.

Tout commence avec Philip Astley (1742-1814), personnage clé de cette histoire. Pour échapper au métier d’ébéniste auquel son père le destinait, il s’est engagé à 15 ans dans l’armée où il a développé un savoir-faire extraordinaire dans le dressage des chevaux destinés au combat, et c’est à lui qu’on doit la codification de la forme du cirque moderne. Est présenté dans l’exposition un traité qu'Astley a écrit en 1801 qui détaille l'entretien du cheval, sa santé, comment le sélectionner en fonction de ce qu'on va lui demander de faire, comment le dresser, comment tenir debout sur sa croupe, etc.

Quand il a quitté l’armée à 24 ans, Astley a cherché à vivre de sa maîtrise du cheval avec d’autres écuyers, virtuoses mais désœuvrés, en se produisant dans l’espace public. Observant comment les foules se rassemblaient en cercle pour regarder ses spectacles dans les cours d'une auberge de Westminster, il a calculé le diamètre idéal de 13 mètres pour la piste, où les chevaux pourraient galoper harmonieusement, sans angles aigus. Cette invention du cercle a créé au XVIIIe siècle un monde refermé sur une communauté d'artistes, de cavaliers, d’acrobates, faisant d'Astley l'architecte du cirque tel que nous le connaissons.

 

Les numéros, d’abord inspirés des traditions du cirque antique, que les Romains avaient connu des Étrusques et ces derniers des Grecs, reproduisaient également les exercices des tournois de la chevalerie du Moyen-Âge. Astley avait embauché des écuyers virtuoses à qui il apprit à maîtriser de nombreuses figures. Son cirque, d’abord entouré de palissades, en plein air, s’est agrémenté de tribunes, dont certaines couvertes pour les personnes les plus aisées, avant de couvrir l’ensemble d’un toit. Pour captiver le public, Astley aura inventé maintes figures et prouesses. Et c’est fort de cette expérience qu’avec d’autres écuyers et cavaliers venant parfois de très loin, il cré une entreprise de divertissement autour du cheval. Développant des numéros équestres, inventant les histoires qui vont avec, les rendant crédibles avec des costumes, ponctuant les actes d’intermèdes avec des acrobates et des danseurs. Pour ne pas lasser le public, en particulier la bourgeoisie que n’attirait pas l’opéra, l'idée était de ne jamais faire deux fois de suite le même spectacle.

 

Les accessoires, costumes, sabres, épées, contribuaient à la narration, récits de batailles, d’événements politiques, aventures de valeureux personnages, même les campagnes napoléoniennes. Dans toute l’Europe, promu grâce à l’imprimerie par des affiches dont l’exposition montre de nombreux exemplaires, le cirque s’impose comme une promesse d’inventions extraordinaires et de troupes équestres renouvelées avec pour vedette le cheval dont le nom s’écrivait en grands caractères. Londres, Paris, Vienne, Hambourg, Berlin… le cirque se transporte de villes en villes grâce à une maîtrise logistique propre à l’expérience du militaire. Les wagons et voitures pour amener les chevaux, transporter les nombreux costumes, le personnel composé, outre des écuyers, des acrobates et des gymnastes, des responsables de l’entrainement, des écuries, du logement des troupes venues de part et d’autre d’Europe pour quelques jours. Les bases du cirque moderne sont posées.

En France, la figure d'Antonio Franconi (1737-1836) s’impose. Obligé de quitter Venise où il avait tué un adversaire en duel, il est devenu le pionnier du cirque équestre dans l'Hexagone. Philip Astley a accueilli Antonio comme écuyer dans son Astley's Amphitheatre, ouvert en 1773 à l'entrée du Faubourg du Temple. La dynastie Franconi s’est étendue jusqu'en 1907. Une gravure du Cirque-Olympique, construit rue du Mont-Thabor en 1807 par Laurent et Victor Franconi, fils d’Antonio, témoigne d’une architecture prestigieuse empruntée aux codes de l'amphithéâtre avec, donnant sur rue, un imposant mur de façade. L’influence de cette dynastie a été aussi grande et déterminante pour l'histoire de l'équitation qu'elle l'a été pour le cirque.

 

Les grandes familles du cirque équestre. En seconde partie de l’exposition, s’affichent « les répertoires de cette piste, comment le cheval et le militaire ont façonné les histoires qu’on raconte dans les cirques, les formes qu’on y adopte, les figures, et les personnalités qui ont fait perdurer le cirque, explique la conservatrice Enora Gault. On y trouve en particulier le cirque Renz, compagnie de cirque allemande fondée en 1842 à Berlin par Ernst Jakob Renz sous le nom de Circus Olympic, qui a existé jusqu'en 1897. Il s’est imposé en Europe comme le cirque le plus sensationnel de la deuxième moitié du XIXe siècle. Les grandes familles du cirque équestre se suivent, la dernière encore en activité est celle fondée par Alexis Grüss (1944-2024) qui célèbre toujours cet art en musique et en féérie. Le cirque contemporain compte lui aussi plusieurs compagnies qui ont construit un puissant imaginaire autour de la figure du cheval, de Bartabas au duo du Théâtre du Centaure, Camille et Manolo.

Le parcours s’achève avec l’image du cirque, ses costumes, ses plumes, ses accessoires, sa parade musicale, sa cadence, et toujours ses affiches.

 

Une richesse patrimoniale insoupçonnée. Un certain nombre d’objets rares, gravures, livres anciens, lettres, affiches… font partie de la donation de départ de Marika Maymard et Pascal Jacob, sans lesquels le musée n'aurait pas vu le jour. C’est cet inventaire provenant de l’immense collection de ces deux passionnés du cirque qui a rendu crédible le projet aux yeux des collectivités, et par la suite d’accueillir d'autres fonds.

L’initiative fait prendre conscience de la richesse patrimoniale du cirque. Et économique, avec ses piqueurs, bourreliers, selliers, maréchaux-ferrants. Hermès, créée en 1837, a fourni des selles à plusieurs dynasties de cirque à partir des années 40. La célèbre maison de luxe, dont l’emblème est un cavalier, a même repris directement, dans un livre publié en 1816, l'image du prestigieux écuyer Laurent Franconi, un des fils de Victor Franconi. La gravure est exposée au côté d’un magnifique carré Hermès, Les animaux savants et les chevaux de messieurs Franconi, dont le centre est occupé par la figure de Laurent.

Le commissariat a été partagé entre Enora Gault, directrice adjointe des musées de Châlons-en-Champagne, Pascal Jacob, auteur, directeur artistique du cirque Phenix et collectionneur, et Marika Maymard, chercheuse, autrice et collectionneuse. Environ 300 œuvres sont présentées au rez-de chaussée du musée des Beaux-Arts et d'archéologie. Elles proviennent des collections d'une quinzaine de prêteurs, répartis équitablement entre privés et publics (Le musée de l’armée, la BNF, les musées de Reims et de Chantilly, le CNAC, la compagnie Fratellini). La caserne de Châlons-en-Champagne, que les militaires ont quitté récemment, reste au patrimoine de la ville. Il sera le site tout indiqué pour accueillir le premier musée des arts du cirque, dont les origines militaires sont démontrées avec Panache !

 

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