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Mot de passe oublié ?Alice n’en est pas revenue. Rentrant de congés, elle se dirigeait vers son libraire habituel, la grande librairie Sauramps dominant de son immense verrière contemporaine la place principale de la ville de Montpellier. Mais les portes étaient fermées. En fait, ce ne sont pas que les portes, la librairie est fermée. Définitivement. Alice entendait les rumeurs qui couraient depuis quelques temps. En déficit depuis des années, reprise par un groupe immobilier extérieur au métier, Sauramps accusait 4 millions de déficit et avait plus tendance à embaucher des communicants que des libraires. La liquidation prononcée, les 47 salariés se sont retrouvés à la rue. C’est ainsi un des plus anciens lieu culturel de la capitale languedocienne, fondée par des passionnés il y a 80 ans, qui a tiré le rideau.
Mauvaise gestion ? Certainement. Mais pas que… En fait, c’est la dégringolade pour les librairies. Et cette fois il s’agit moins du petit libraire de village ou de quartier que des grandes boutiques indépendantes implantées dans des capitales régionales. Cet été encore, c’est la prestigieuse librairie de Lille, une des plus connues et des plus importantes en chiffre d’affaires, le Furet du Nord implanté sur la Grand Place, qui est placée en liquidation judiciaire. Et avec elle le groupe Nosoli, qui détient également les librairies Decitre. Conséquence : fermeture de 11 magasins et suppression de 163 postes.
Fin juillet, un nouveau plan de sauvegarde était également annoncé par Gibert qui possède 16 magasins et emploie 500 personnes. Cinq sites sont touchés : deux parisiens, ceux de Barbès et de Nation, devraient fermer et trois sont mis en vente, à Evreux, Poitiers et surtout le lieu phare du boulevard Saint-Michel à Paris dont le chiffre d’affaire est passé en dix ans de 55,8 millions d’euros à 39 millions.
Côté moyenne et petite librairie, après l’embellie post-covid qui avait vu l’ouverture de 135 établissements, l’année 2025 a connu 85 fermetures contre 83 ouvertures. Sur les 3 000 magasins de France, plus d’une centaine sont en vente pour des raisons diverses, dont le départ à la retraite du ou de la gérante.
Les grandes librairies en difficulté. À la différence des petites librairies qui ont peu ou pas de personnels, les grandes enseignes ont un budget de fonctionnement incompressible et en hausse constante du fait des salaires (le smic a gagné 18% en 5 ans) et des achats externes : coûts énergétiques (particulièrement celui de l’électricité), frais de transports, loyers… Comme les marges sont faibles, une chute des ventes est tout de suite catastrophique. Selon une étude commandée à Xerfi par le Syndicat de la librairie française (SLF) et publiée en juin dernier, les marges tournent autour de 1% du chiffre d’affaires. Avec une marge si faible, impossible de réagir à une baisse des ventes. Les fortes recettes qui sont engrangées entre septembre et décembre, au moment des prix littéraires, de la rentrée des classes et des cadeaux de fin de Noël, ne permettent plus de tenir jusqu’à l’année suivante. D’où ces annonces en cascade pendant l’été.
Les modes de consommation changent, comme partout ailleurs. Les centre des grandes villes ne sont plus facilement accessibles aux voitures. Dans les quartiers pavillonnaires extra-urbains, on a tendance à ne sortir qu’en voiture, à se diriger vers les centres commerciaux pourvus d’immenses parkings gratuits et a regroupé les achats. C’est plus économique qu’une journée dans le centre historique de la métropole voisine. La chaîne Cultura l’a bien compris qui déploie ses milliers de mètres carrés à côté des grandes surface commerciales et affiche un chiffre d’affaires en hausse constante. L’historique Fnac, les Espaces culturels Leclerc et Cultura capte autour de 30% du marché du livre. Auxquels il faut ajouter les 18% des hyper marchés. Soit la moitié des ventes. Il reste un peu moins d’un quart pour les librairies indépendantes que grignotent inlassablement les plateformes de vente en ligne qui ont-elles aussi conquis un quart du marché.
La chute de la lecture. Là n’est pas la seule explication à la mauvaise santé des librairies pourtant protégées par la loi Lang de 1981 imposant un prix unique au livre. Le problème numéro un et la lecture. Le baromètre bisannuel du Centre national du livre (CNL) donnait déjà des signes inquiétants en 2025. Françaises et Français lisent de moins en moins. La lecture régulière est en chute régulière, moins 5% sur deux ans. En conséquence, les librairies attirent de moins en moins le client. Il s’est vendu 307 millions de livres en 2025, soit 13,8% de moins depuis 2021. Les libraires ont un autre handicap dans la course avec les plateformes de vente en ligne. Ces dernières livrent dans les deux jours alors que la librairie doit commander à l’éditeur, payer avant d’encaisser, attendre la livraison en magasin où le lecteur devra venir chercher le livre. Et surtout les plateformes proposent un nombre de références gigantesques. Amazon affiche plus de 800 000 titres, De même sur Leboncoin, Momox (plateforme fondée en Allemagne en 2004 qui affiche près de 400 millions de chiffre d’affaire), la Bourse aux livres (200 000 exemplaires vendus mensuellement) ou la FNAC.
Ces plateformes ont un autre avantage et pas des moindres : le livre d’occasion. Selon une étude de la Sofia, un achat sur cinq concerne un livre d’occasion. C’est tout bénef pour les plateformes : pas de droits d’auteur, pas de droits d’édition. Il est impossible de connaître exactement le nombre d’ouvrages d’occasion proposés sur les sites mais une estimation évaluait déjà les ventes à 80 millions en 2021. En regard, les libraires ne font que 1% en moyenne dans l’occasion.