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Les lauréats de l’Ensad brillent au 40e Printemps des Comédiens

par Élisabeth Pan
Léo Guerin et Marius Combard dans Gynt de Marion Aubert
Léo Guerin et Marius Combard dans Gynt de Marion Aubert
Lou Duckett et Lubin Bellier de l'Ensad Montpellier dans You can be do
Lou Duckett et Lubin Bellier de l'Ensad Montpellier dans You can be do
Lilas Chaussende, Clara Guehennec, Lou Duckett, Charlotte de Cormis et Judikaël Goater dans Gynt
Lilas Chaussende, Clara Guehennec, Lou Duckett, Charlotte de Cormis et Judikaël Goater dans Gynt
Arts vivants Théâtre Publié le 18/06/2026
Le Printemps des Comédiens associe depuis longtemps les compagnies internationales au vivier théâtral montpelliérain. Cette année, les lauréats de l'Ensad y ont fait deux apparitions remarquables, l’une pour leur spectacle de fin d’année, You can be do, mis en scène par Olivier Martin-Salvan, l’autre pour Gynt, une adaptation fantaisiste de Marion Aubert, mise en scène par Marion Guerrero, toutes deux formées à l’école.

Les douze lauréats de l’Ensad Montpellier ont eu l’opportunité de jouer leur spectacle de fin d’année au Printemps des Comédiens. Sur une mise en scène d’Olivier Martin-Salvan, You can be do fait se succéder plusieurs pièces courtes, en salle et pendant les deux entractes. Au même moment, ils interprétaient Gynt, de Marion Aubert, une adaptation très libre de la pièce du norvégien Ibsen, mise en scène par Marion Guerrero. Toutes deux partageaient ainsi l'énergie des élèves de l'Ensad dont elles sont sorties il y a 24 ans, nouant depuis une grande complicité artistique.

 

Gynt s’inspire du récit de Peer Gynt, antihéros prétentieux, menteur, lâche et égocentrique, né de la plume libre du dramaturge norvégien Henrik Ibsen. L’histoire a pour cadre la montagne d’un petit village norvégien, et la metteure en scène a transformé à sa manière le Hangar Théâtre de Montpellier pour accueillir la création. Les gradins, recouverts de tissus colorés, traversés de blanc et parsemés de grands coussins, sont occupés par les comédiens qui, impassibles, observent le public surpris de devoir s’asseoir sur des chaises et des bancs disposés sur la scène. L’inversion offre un changement de perspective immédiat, les gradins deviennent, le temps de la pièce, la montagne du village natal du protagoniste. Un amoncellement d’oreillers devient pente enneigée que le comédien Baptiste Bosio, équipé de lunettes et d’une combinaison, dévale sur des skis devant un public admiratif. On pressent que ce qui va suivre diffèrera quelque peu de l’œuvre originale. Et le public n’est pas déçu. Marion Aubert a fait de Peer Gynt non pas un mais tous les personnages masculins. L’anti-héros Gynt, que tout le monde ici appelle Peer, est interprété à tour de rôle par les comédiens masculins, tandis que sa mère, portée du haut de la montagne par Judikael Goater, encense sa progéniture adorée et laisse échapper de son transistor la musique de Grieg, et que les femmes de l’intrigue expriment en chœur le dégout ou l’attirance que cet être leur inspire. Les présentations faites, vient la journée du mariage entre Ingrid et le père de Peer, qui attend en vain la mariée qui s’est enfermée et que, las, un autre ira violer. Peer de son côté n’a d’appétit que pour la fille du pasteur, la pure Solveig (Lilas Chaussende). La mère de cette dernière observe les avances et, désemparée, répète à son pasteur de mari : « on ne peut rien faire à ça »

Les comédiens se partagent ainsi le rôle-titre, changeant au gré des humeurs et des aventures. Ainsi Lubin Bellier qui, arrimé à la batterie, vient au milieu du spectacle incarner Peer alors qu’il se marie à la dangereuse princesse des trolls (Clara Guehennec), ou Lucas Rosier qui se joint au chœur quand tous les Peer ne font plus qu’un. Cette version déplace l’épopée de Gynt d’un XIXe siècle confortablement patriarcal vers un XXIe siècle où le masculin et le féminin ne cessent de questionner. La bouche des jeunes histrions se délecte de la langue crue de Marion Aubert. Servi par des corps alertes qui dévalent les pentes ou les grimpent hardiment, qui s’embrassent et plus encore avec une belle énergie, le propos vire ostensiblement de l’épopée d’un héros à une assemblée de filles gars et de gars filles.

 

 

You can be do. Les comédiens avaient un autre rendez-vous avec le public, cette fois pour présenter leur spectacle de sortie de l’Ensad. You can be do débute devant le Hangar Théâtre, rassemblant audacieusement le public dans la rue pour entendre un texte de Rémi de Vos, dialogue entre Clara Guehennec, la belle, et Marius Combard, responsable des espaces verts de la ville. Les spectateurs entrent ensuite au théâtre où les attend un chauffeur de salle, Lubin Bellier, qui présente joyeusement les pièces qui vont suivre avec un texte de sa composition. Pendant les préparatifs liés aux changements de scène, le comédien revient pour divertir le public. Il en profite pour distribuer ses cartes de visite et son CV, au cas où un agent ou un metteur en scène serait dans la salle et voudrait le contacter. Suit le seul en scène Coca life Martin 33cl, de l’autrice Gwendoline Soublin. Juchée sur une canette XXL, Judikael Goater transporte le public dans la longue épopée d’une canette de Coca, de sa naissance à ses errances. Lubin revient pour présenter Hélas, de Nicole Genovese, dans lequel il interprète un petit rôle qui permettra aux professionnels de considérer l’étendue de son registre. La pièce qui en est tirée met en scène une famille cadrée, organisée, où les dîners se suivent selon un cérémonial qui se répète, excepté le menu qui varie chaque jour. La scène se répète, l’oncle Michel (Jacques Girard) est assis, aide la mère à poser la nappe, la fille apporte les couverts, le fils attend d’être servi, le père (Yossef Melki) arrive le dernier après avoir pris une douche, embrasse sa femme, interroge leur fils, ignore la question de leur fille (Charlotte de Cormis), met en marche la télé, puis passe à table, le dîner peut commencer. Jusqu’à ce que l’annonce d’un ministre sème la panique, le père devient violent, la mère décontenancée, le fils euphorique, la fille désespérée, le rythme s’emballe, les dialogues se chevauchent, la purée envahit les visages, la nappe est tirée brutalement, les assiettes volent… et oncle Michel quitte tout pour s’épanouir dans le milieu musical. Sur les ordres des policiers Léo Guerin et Marius Combard, les spectateurs quittent la salle vers un joyeux entracte. Les agents entonnent une chanson avant d’interpréter une scène inattendue. Le public revient pour Le rêve et la plainte, une autre pièce de Nicole Genovese qui se concentre cette fois sur Marie-Antoinette (Lilas Chaussende) et Louis XVI (Baptiste Bosio), très contents de leur nouvelle cuisine dernier cri et impatients de s’en vanter auprès de leurs amis, interprétés par Léo Guerin, Lou Duckett et Lubin Bellier. Tout semble bien se passer jusqu’à ce qu’ils soient rejoints par Clara Guehennec et Lucas Rosier, qui font monter la tension jusqu’à ce que ce petit monde explose. La cuisine entièrement construite sur scène et les tenues d’époques pour tous les personnages exceptés pour les derniers arrivants ajoutent à l’absurde de la situation. Après un second entracte, et une nouvelle scène qui fait se retrouver les deux policiers, Lubin Bellier s’impatiente de n’avoir aucun message de professionnels, se plaint de devoir retourner chez ses parents à Angers, mais consent tout de même à présenter la pièce de Romane Nicolas, qui suit deux fugitives, interprétées tour à tour par Charlotte de Cormis et Judikaël Goater, et Lou Duckett et Jacques Girard. Le comique de situation montrant les jeunes filles complètement dépassées par les événements, qu’entrecoupent des informations télévisées annoncées par Marius Combard, le narrateur, et les déclarations d’une détective (Clara Guehennec) annonçant qu’il s’agit de dangereuses criminelles, déclenche l’hilarité du public.

Le spectacle, composé d’écritures complexes et corrosives prenant la forme d’une apparente simplicité, a conquis la salle et magnifié le talent de comédiens qu’on aimerait promis à un bel avenir. Tous ont franchi allègrement le mur du comique, avec leur metteur en scène Olivier Martin-Salvan qui a su leur transmettre cet art difficile, mais tellement riche quand il est maîtrisé.

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Lilas Chaussende, Clara Guehennec, Lou Duckett, Charlotte de Cormis et Judikaël Goater dans Gynt
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