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Mot de passe oublié ?Le duo de réalisateur et scénariste Fanny Liatard et Jérémy Trouilh se sont fait connaître du grand public avec leur premier long-métrage Gagarine, sélectionné au Festival de Cannes en 2020. Pour leur deuxième, ils se sont alliés au scénariste Laurent Guillaume (Section Zéro) pour s’attaquer à un sujet méconnu : le syndrome de résignation. Les yeux verts raconte l’histoire de Chaya (Douae Butarbuch Mzaouki) et Nour (Sayyid El Alami, La Pampa), jeunes Iraquiens ayant immigré en France avec leur père. Suite à l’annonce de leur expulsion du pays, Nour plonge dans un sommeil profond, symptomatique du traumatisme des enfants demandeurs d’asile. Sa sœur va alors tout faire pour le réveiller, avec l’aide de son institutrice Marion (Anamaria Vartolomei, Le Conte de Monte Cristo) et de Ben (Arcadi Radeff, Le rendez-vous de l’été), l’ami de Nour.
Le syndrome de résignation. Reconnue en Suède pendant les années 90, cette condition est une réponse aux traumas psychologiques vécus par les enfants et adolescents réfugiés, qui se traduit par un état léthargique et comateux. Dans Les yeux verts, les réalisateurs ont choisi d’explorer cette réaction physique des enfants que provoque le rejet dans le monde des adultes. À cette fin, et pour nourrir le propos du film, Fanny Liatard et Jérémy Trouilh ont contacté plusieurs spécialistes et des personnes ayant vécu cette expérience. L'une des enfants rencontrés, une petite Ougandaise, s’est endormie en Suède et réveillée en Pologne, d'où sa famille a été expulsée après que leur asile ait été refusé par les autorités. Les réactions des personnages cherchant à comprendre ce qui affecte le protagoniste, Nour, proviennent de vrais témoignages. À travers ses personnages, Les yeux verts montre deux approches : la témérité spontanée de Ben qui ne se fie pas à l’autorité et la patience de Marion, confiante dans le système établi.
Les Landes : pays de rêve. Les réalisateurs ont choisi de tourner dans les Landes, pour l’esthétique de contes de fées et les aspects magiques de ses paysages. Ce décor fonctionne parfaitement, faisant se confondre le rêve et la réalité au fur et à mesure de l'avancée du film. Les incendies de cet été ajoutent de la nostalgie et du tragique pour le spectateur, accentuant l’idée qu’il est possible de perdre son chez-soi à tout moment sans s’y attendre, comme ce fut le cas pour les protagonistes. Cette nature a construit une autre symbolique de l’immigration avec la réserve d’Arjuzanx abritant des grues. Fanny Liatard et Jérémy Trouilh en ont fait un objet de passion pour Chaya, fascinée par les oiseaux migrateurs qui franchissent chaque année des frontières créées par les hommes. Le duo a utilisé les décors naturels des lieux, comme le phare ou la cabane, trouvée par hasard, et « les moyens du bord » pour limiter les frais post-production. Les habitants se sont également prêtés au jeu du tournage, comme la femme âgée qu'on voit venir en aide aux personnages.
Fanny Liatard et Jérémy Trouilh signent un film poétique, rempli de rêves et d’espoirs. Les yeux verts sortira en salles le 11 novembre.