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Mot de passe oublié ?L’accord fragile, de l’artiste Zhuo QI, associe un vase en très ancienne porcelaine chinoise (1271 – 1268) provenant de Jingdezhen, ébréchée et réparée, à la transparence colorée d’un verre soufflé qui l’emplit, s’y love et en déborde sans rien perdre de l’objet. La démarche artistique conduit Zhuo QI à interroger les matériaux et les rapports qu’ils entretiennent entre eux, pour remettre en question les notions d’authenticité et de pureté culturelle. Son processus témoigne de la fragilité d’objets traditionnels, qu’il répare, avant de confronter leurs formes anciennes à d’autres contemporaines.
Les objets cassés ont produit au Japon la technique du Kintsugi, un processus de collage, de réparation avec de l’or pour leur donner une dimension nouvelle. La maison Bernardaud, installée à Limoges, a fait réaliser plusieurs répliques imitant le Kintsugi, une façon de rendre hommage à cette technique de sublimation de l’objet. De son côté, l’artiste Julie Decubber s’est inspirée de la technique japonaise pour réaliser en 2020 une série de bijoux, Tessons exquis, à partir de tessons cassés, rebuts d’ateliers de femmes céramistes.
De septembre à décembre 2025, l’artiste plasticienne Anaïs Lelièvre a été accueillie en résidence d’accompagnement dans le cadre d’une première résidence orchestrée par le Musée National Adrien Dubouché en vue de l’exposition Les énergies de la terre. Sa série Terramoto, nom du terrible séisme qui a dévasté Lisbonne en 1755, est composée de 38 pièces en porcelaine, intégrant des déchets et copeaux de porcelaine recyclée, associés à de la barbotine de porcelaine, pour réaliser des effets de matière.
L’artiste espagnol Icaro Maiterena s’inspire des strates de la Terre pour créer des formes fossiles, des paysages d’argile. Son processus, singulier, a été filmé. La vidéo le montre prenant un gros pain d’argile qu’il hisse sur une nacelle, puis le laissant tomber de très haut. La terre ainsi aplatie donne une multiplicité de strates naturelles. On le voit en train de malaxer, de caresser la terre, la mettre sur ses épaules… et achève ses formes en s’imprégnant de la création de volcans, de la forme des montagnes. Il choisit parfois de les colorer en les recouvrant d’oxydes. Cette technique, librement inspirée de l’énergie du sous-sol, l’amène à laisser sa propre énergie créer des objets les plus « naturels », sans formes prédéfinies.
Ces formes réinventées participent toutes d’une réflexion sur la façon dont des traditions peuvent bouleverser ou enrichir notre lecture du monde, sur une observation des mouvements d’une nature qui, si elle reste peu compréhensible et peu prévisible, continue à fasciner les artistes céramistes.