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Printemps des Comédiens : « Vania » de Cacace, une vitalité inattendue

par Jacques Moulins
La forêt de Tchékhov remplacé par le désert d’Atacama © Patricio Báez
La forêt de Tchékhov remplacé par le désert d’Atacama © Patricio Báez
Arts vivants Théâtre Publié le 01/06/2026
Dans son adaptation de L’oncle Vania de Tchekhov, le metteur en scène chilien Guillermo Cacace condense la pièce et lui donne une brutalité vivifiante malgré le désastre annoncé.

Comme il l’avait fait pour Gaviota (La Mouette) il y a deux ans au festival d’Avignon, Guillermo Cacace condense les pièces de Tchekhov avec un talent certain. Vania, présenté en première en France au Printemps des Comédiens va loin dans cette interprétation de l’écrivain russe en réduisant les rôles aux cinq personnages principaux, le décor à une cloison percée d’un rectangle, une table et des chaises en bois brut clair, les places dans les gradins sous le chapiteau bleu du Domaine d’O à une soixantaine, et la durée de la pièce à 1 heure 30. Il ne s’agit pas pour autant de minimalisme. L’oncle Vania est gagnant après toutes ces pertes. Comme pour La Mouette, le drame se bonifie à l’aune de nos urgences contemporaines, il est vigoureux grâce à une direction d’acteur rigoureuse, cinglant dans la rapidité des répliques (qui hélas perdent de leur force dans le sous-titrage en français), éclairant dans ce mélange de médiocrité banale et d’ambitions mort-nées. Le pessimisme tchekhovien est toujours présent et le côté dépressif des personnages ne disparaît pas, mais l'agressivité et la brutalité des échanges donne une vitalité inattendue.

On le sait, Tchekhov a écrit Oncle Vania juste après La Mouette. Les pièces sont d’une tonalité proche et la fin d’un monde qui signifie aussi la fin d’une certaine humanité.

La vie est triste, sotte, sale, note le médecin Astrov, et l’humain n’y est pas pour rien. Il est incapable d’assumer ses désirs, contraint par l’ordre des choses, la morale et le désir lui-même qui semble parfois exister pour éviter de s’ennuyer. Ainsi le professeur autour de qui tourne la vie de ce petit monde, est un intellectuel imbu de lui-même qui ne fait que ressasser les idées des autres, et vit du travail de sa fille Sonia et de son ex beau-frère Vania sur le domaine qui lui appartient. Sa jeune épouse Éléna, qui admire ses ouvrages inutiles, est attirée, comme la jeune Sonia, par le docteur Astrov qui lui n’a plus la force de désirer. Et Vania, amoureux d’Éléna ne peut que se ronger, voué par on ne sait quel sort à se sacrifier pour son ex beau-frère.

La décadence de l’aristocratie russe nous importe moins que celle de notre société prise à l’aune des enjeux climatiques. Le décor évoque le sable blond du désert d’Atacama, l’un des plus arides au monde, mais qui semble avoir été jadis couvert de végétation. De quoi faire écho à l'action de Vania pour la préservation d’une forêt russe qui disparait, comme Tchekhov l'écrit à plusieurs reprises. Mais là encore, c’est le laisser-aller qui l’emporte, la paralysie des personnages à qui Guillermo Cacace communique une violence destructrice et autodestructrice qui rompt avec l’apathie à laquelle on les assimile souvent.

 

Vania de Guillermo Cacace d’après Tchekhov. Première en France le 30 mai 2026 au Printemps des Comédiens. Avec Paola Lattus, Dolores Reina, Francisco Diaz, Alejandro Pino et Raúl Rocco.

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