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Mot de passe oublié ?La 48e édition du Cinemed aura eu lieu, malgré des aléas successifs. D’abord l’annonce, deux semaines avant la tenue du festival, que l’opéra Corum est devenu inaccessible après les intempéries, ensuite les deux samedis perturbés par les manifestations lycéennes et la mise à l’arrêt des transports en commun, enfin deux journées de violente pluie qui ont compliqué la venue des festivaliers ou inondé ceux qui patientaient dans les longues files d’attente sur la place de la Comédie, devant le Pathé-Gaumont qui avait ouvert exceptionnellement ses salles à la manifestation.
C’eut été dommage que les films programmés n’aient pas été projetés, et que les réalisateurs qui, pour certains, venaient de loin, ne rencontrent pas le public et échangent avec lui après la projection. Comme toujours les films étaient nombreux, et le choix difficile. La sélection offrait l’opportunité de rencontrer la jeune génération de cinéastes égyptiens, auteurs de courts et de longs métrages, et une table ronde a permis d’entendre rappelée l’histoire centenaire et prestigieuse du cinéma égyptien, et de connaître le parcours de chacun et de chacune, leurs esthétiques, leurs difficultés face au poids de la censure et à l’obligation d’obtenir des autorisations de filmer dans l’espace public. Enfin, la quête internationale pour trouver le financement de leurs films, aucun fond d’aide n’existant en Égypte où le gouvernement se désintéresse de la culture en général, et du cinéma en particulier. Comme l’an dernier avec la jeune génération des réalisateurs syriens, ces rencontres ont permis d’aller à la source des particularismes du 7e art dans ce pays arabe.
L’esthétique fantastique fut la porte d’entrée inattendue d’une sélection de films arabes, dont deux raretés, Papa Amin (1950), premier court de Youssef Chahine, et Fangs (1981), un remake du transgressif Rocky Horror Picture Show que Mohammed Shebl a transplanté au pays de Dracula pour une joyeuse satire politique qui nous ramène à la grande liberté des années 80. Autour des années 2020, il y eut une grande appétence pour le fantastique, comme l’ont montré les longs et courts métrages sélectionnés en partenariat avec le festival Maskoon, premier festival du film fantastique du monde arabe, basé à Beyrouth.
Cinéma de résistance, de résilience, trois films palestiniens furent une autre révélation du monde arabe dans cette édition. Trois expériences de vie, celle des femmes vivant dans les tribus de bédouins de la plaine de la Bekaa, celle du quotidien des habitants d’un camp palestinien assiégé, celle enfin d’un Palestinien revenant vivre à Jérusalem après vingt ans d’absence.
Avec Une disparition, Rakan Mayasi filme le magnifique paysage de la vallée de la Bekaa, à la frontière avec la Syrie, cadre de vie d’une famille de bédouins dont le destin est bouleversé quand le fils a un accident et tue un membre d’une tribu rivale. Un premier long métrage qui exprime avec poésie le poids de la tradition exercé sur les femmes aujourd’hui, comme il le fut pour sa grand-mère mariée de force à 14 ans. Chronicles from The Siege, premier long métrage d’Abdallah Al Khatib, est un film témoignage. Celui de la vie que le réalisateur a lui-même vécu dans le camp palestinien de Yarmouk. En cinq chroniques, le réalisateur saisit la façon dont les personnes s’organisent dans une situation aussi difficile que la vie sous un siège. Avec Conversation With The Sea, c’est Kamal, un Palestinien de 60 ans revenu chez lui à Jérusalem après vingt ans d’absence, que l’on suit dans les rues de la Vieille Ville et à Einat, alors que l’administration de la sécurité sociale le somme de payer une lourde dette pour son fils, qui s'est probablement noyé il y a 20 ans. Aucun dossier de décès n'ayant été trouvé, il cherche à découvrir ce qui s'est passé, et avec lui le réalisateur Mouayad Asayan conçoit une extraordinaire mosaïque traçant la complexité des vies dans Jérusalem.
Du drame syrien, le film documentaire de Tawfik Sabouni, L’autre côté du soleil, retrace des moments de survie en revenant dans la terrible prison des Assad où il a été enfermé pendant sept ans pour avoir filmé une manifestation. Une expérience que le réalisateur revit avec quatre anciens prisonniers, survivants comme lui.
Beaucoup de ces films seront programmés dans les salles en France, mais d’autres n'auront pas cette chance, faute de distributeur. Pour ces derniers, un festival est l’unique opportunité d'être vus par le public et par les professionnels.