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80e Festival d’Avignon, un anniversaire en questions

par Véronique Giraud
Tiago Rodrigues, lors de la présentation de la programmation de la 80e édition du Festival d'Avignon au Théâtre du Rond Point à Paris ©RIvaud/NAJA
Tiago Rodrigues, lors de la présentation de la programmation de la 80e édition du Festival d'Avignon au Théâtre du Rond Point à Paris ©RIvaud/NAJA
Arts vivants Publié le 10/04/2026
Tiago Rodrigues a présenté le 9 avril au théâtre du Rond Point à Paris le programme de la 80e édition du Festival d'Avignon qu'il veut "Une fête des questions". Avec un quart de spectacles consacrés à la culture coréenne.

Pas de grand feu d’artifice pour célébrer la 80e édition du festival d’Avignon, qu’on aurait pu imaginer comme une fête du théâtre européen réunissant pour un public essentiellement français, les grands noms de la scène européenne et des découvertes internationales. Tiago Rodrigues, qui signe ici sa quatrième programmation du festival, a choisi d’en faire « une fête des questions ». Son argument se veut démocratique dans « un monde rempli de mauvaises réponses » et « face aux discours décomplexés ». Le Café des idées nous promet même « les bonnes questions ». Le spectacle étant « une question posée par des artistes » au public dont les réponses font le débat démocratique. D’où la soirée de clôture du festival, L’Aube des questions, qui réunira personnalités culturelles, politiques, associatives, dans la Cour d’honneur. Après ce petit exposé de philosophie esthétique, le directeur du festival d’Avignon a présenté au Théâtre du Rond-Point à Paris le programme de l’édition 2026 qui se tiendra du 4 au 26 juillet avec le coréen (après l’anglais, l’espagnol et l’arabe) pour langue invitée.

 

Gosselin dans la Cour d'honneur pour Maldoror. Déjà esquissée lors des précédentes éditions, la traditionnelle ouverture du festival dans la Cour d’honneur est précédée de trois spectacles dans la journée du samedi et de deux autres à la même heure où retentiront les trompettes du Palais des papes. Il s’agit d’une création coréenne Muljil de Lee Jinyeob au Cloître des Carmes et de La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon au Cloître des Célestins. Avec Maldoror, Julien Gosselin fera planer l’esprit du mal durant cinq heures dans la Cour d’Honneur en traversant des chants du poète Lautréamont et des textes de l'écrivain chilien Bolano. Dans la journée, la Coréenne Kyung-Sung Lee occupera le Gymnase Aubanel sur une Island Story qui fera entendre les témoignages des enfants de victimes et de survivants des massacres de 1948 dans son pays. L’Opéra sera la scène de Uma Luz Cordial, des chorégraphes brésiliens Caroline Bianchi et Cara de Cavalo. Les dix heures de leur Trilogia Cadela Força se jouera dans le même lieu les 12 et 13 juillet.

 

Ils reviennent. Un tiers des artistes présents ont déjà été invités à Avignon. Outre Rébecca Chaillon, qui n’avait pas manqué de « questionner » le public lors de sa venue en Avignon en 2024, on retrouvera à l’affiche quelques habitués. L’Égyptien Ahmed El Attar qui avait jadis présenté sa belle fresque familiale donnera Salma, mon amour à Vedène. Sur cette même scène, à compter du 12 juillet, Valérie Dréville et Guy Cassiers questionneront l’énigme de la transmission et de la mémoire avec Thésée, sa vie nouvelle. Retour également de Christiane Jatahy, cette fois avec l’acteur Wagner Moura (Pablo Escobar dans la série Narcos). Ensemble ils créent Un procès – après l’ennemi du peuple, d’après la pièce d’Ibsen, pour mieux interroger la démocratie. Un nouveau partenariat avec les Holland Festival et Edimburgh Festival. À la Chartreuse de Villeneuve on retrouvera François Gremaud pour Mon frère, un spectacle en langues des signes écrit pour et avec Christian, son frère sourd. Gwenaël Morin prendra à nouveau possession du Jardin de la rue Mons pour le dernier volet de son triptyque, Le deuil sied à Électre, commencé avec le très remarqué Quichotte. Après Fusées l’an dernier, Jeanne Candel metttra en scène Capra (une chèvre) au Lycée Mistral. De son côté, Muriel Imbach, qui met son talent au service de la jeunesse, questionnera la famille et ce qui fait famille Avec Nous, le paradoxe du Hérisson.

Deux chorégraphes aux univers très différents choisissent d’interroger le silence. D’abord Mathilde Monnier, qui revient avec Silence qu’elle crée avec Lucie Antunes à la Carrière de Boulbon, puis Boris Charmatz dont la nouvelle création s’intitule Muette.

 

La Corée invitée. Langue invitée cette année, le Corée du sud déploiera de part et d’autre son esthétique théâtrale, sa danse, sa cuisine, son histoire. Le Lycée Mistral accueillera trois spectacles de Jaha Koo, Cuckoo, The History of Korean Western Theatre et Haribo Kimchi. Guidée par la musique électrisante et des effets tromboscopiques, la chorégraphe Sung Im Her interrogera la crise climatique avec 1 Degree Celsius, qui fera sa première en France au Lycée Saint-Joseph. Lee Jaram a la réputation d’être la plus singulière et puissante voix du pansori, cette pratique théâtrale qui s’accompagne des mouvements de l’éventail. Avec Neige, neige, neige, elle devrait envoûter le public de l’Opéra.

 

Les auteurs du répertoire seront présents, mais dans des versions revisitées. Outre Ibsen avec L’ennemi du peuple, Molière sera à lui seul un festival à la Carrière de Boulbon avec 1, 2, 3 Poquelin, du collectif belge tg Stan dont c’est le première à Avignon. Shakespeare réapparaîtra à trois reprises. D’abord avec Ben Duke qui, avec The Last Hamlet, propose d’en finir avec ce personnage suicidaire au Cloître des Célestins. Hamlet encore, que Thibault Perrenoud a choisi pour assurer le désormais coutumier « Spectacle itinérant » dans quatorze communes voisines d’Avignon. Enfin Casting Lear où Andrea Jimenez réalise les auditions de deux stars de la Comédie française, Denis Podalydès et Éric Ruf pour endosser le rôle.

 

Les premières fois. Marion Siéfert, dont on avait aimé Daddy en 2025 à l’Odéon, fait sa première au festival d’Avignon avec Bunker. Elle investit la Fabrica du 19 au 25 juillet pour se demander : Qu’arrive-t-il au langage dans un monde fasciné par la technologie et la performance ? Salim Djaferi, artiste associé du théâtre de Montreuil, mène Bâtir devant le public vauclusien. Après le succès de Koulounisation, l’artiste poursuit une écriture mêlant récits singuliers et histoire collective. Son point de départ : les grands ensembles où ses parents et lui ont grandi, en Seine-Saint-Denis, et leur ressemblance frappante avec les cités construites dans les années 1950 en Algérie française. Sous le titre L’intraitable beauté du monde, Étienne Minoungou met son talent de conteur en reprenant les mots et les pensées d’Édouard Glissant et Sony Labou Tansi, deux grandes voix des Antilles et du Congo. Après l’immense succès, au Collège de la Salle, de son interprétation de M'appelle Mohamed Ali, du dramaturge Dieudonné Niangouna, il fait sa première dans le IN.

 

La billetterie est ouverte, mais la priorité est donnée au public vauclusien, puis aux prévoyants qui se sont pré-inscrits. Bon festival !!!!

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