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Le retour du Printemps à Montpellier

par Véronique Giraud
Dans le parc du Domaine d'O à Montpellier, le Printemps des Comédiens se répand d'une scène à une autre. ©Marie Clauzade.
Dans le parc du Domaine d'O à Montpellier, le Printemps des Comédiens se répand d'une scène à une autre. ©Marie Clauzade.
Arts vivants Théâtre Publié le 13/04/2022
Mené par l’enthousiaste Jean Varela, le Printemps des Comédiens s’impose en grand festival, où les metteurs en scène d’Europe n’hésitent pas à faire leur première en France, où les créations lèvent les tabous, et où les élèves comédiens font leur première grande scène.

Impossible de résumer le Printemps des Comédiens qui, né il a 35 ans, a évolué à la fois en puisant dans son territoire et en faisant venir les créateurs de l’art vivant parmi les plus renommés. La pandémie, avec les empêchements qu’elle a engendrés, a même inspiré à Jean Varela de nouveaux formats, Warmup et Campus, qui enrichissent le programme et soulignent que l’enjeu du festival ne se limite pas à la diffusion de spectacles, prenant en compte la transmission des savoirs et l’échange. De quoi attirer tous les publics, professionnels et curieux.

Cette édition, au riche programme, dévide tous les fils du théâtre. Du classique au moderne, de la performance et au cirque. L’antique même cette année avec Prométhée d’Eschyle, ramené dans la Grèce d’aujourd’hui par Nikos Karathanos ; avec la tragique Phèdre de Sénèque, que ressuscite Georges Lavaudant avec des corps chorégraphiés par Jean-Claude Gallotta ; enfin Œdipe Roi de Sophocle, dont Éric Lacascade déploie la féroce humanité. Autant de figures dont la puissance mythique agit toujours, inhérente à ce qui nous façonne, nous heurte, nous révolte, nous rassemble.

Et bien sûr Molière, dont le festival célèbre les 400 ans de la naissance en accueillant la Comédie-Française qui a créé cette année la version originelle du texte de Tartuffe ou l’Hypocrite, façonné par Georges Forestier et mis en scène par Ivo van Hove.

 

Nouvelles formes théâtrales. Certaines formes, ostensiblement inventives, osent désorienter le spectateur et le sortir de son retranchement, lui permettant d’accueillir un texte avec des sensations qu’il gardera longtemps en lui. Le rendant témoin du renouvellement de l’art de la scène. Simon Mc Burney nous avait déjà surpris, et ravis, en 2016, en chuchotant à nos oreilles The Encounter devant les spectateurs équipés de masques connectés. Avec Annabel Arden, Mc Burney s’empare de Michael Koohlhas, héros d’une nouvelle d’Heinrich von Kleist, à grand renfort d’écran géant, de téléphones portables, micros, et avec le talent des comédiens de la Schaubühne, pour faire vivre l’épopée ravageuse du hobereau allemand en quête de justice. Julien Gosselin, dont le festival nous a fait apprécier les adaptations hors normes de la littérature, associe cette fois son travail à une autre grande troupe de Berlin, la Volksbühne. Après Houellebecq, Roberto Bolaño, Don De Lillo, c’est dans l’immense continent de la littérature allemande que le dramaturge a puisé ses images, composant Sturm und Drang, une série-histoire théâtrale dont le premier volet est présenté à Montpellier, pour la première fois en France. C’est sur une autre œuvre littéraire, Peer Gynt, que David Bobée s’est appuyé pour mettre en scène un théâtre qu’il revendique transdisciplinaire, interculturel et populaire. Un autre théâtre foisonnant d’images et d’idées, venu d’Argentine, fait sa première en France. Avec Los Años, l’auteur metteur-en-scène Mariano Pensotti défie les règles de la temporalité, donnant corps à un rêve fou : suivre simultanément un homme de 30 ans et le même à 60.

 

Plusieurs performances traverseront notre époque. Elles mettent en formes et en mots ses tabous et ses désespérances silencieuses. Strip, spectacle mis en scène par Julie Benegmos et Marion Coutarel, immerge le spectateur dans le monde du strip-tease, qui « vient déranger l’ordre sexuel édicté par nos sociétés et déplacer notre regard vers la question de l’amour ». L’immense performeuse Marina Otero vient se livrer devant le public, délivrant sans fard son anxiété avec Love me. Pour From Outside In, Steve Cohen crée avec trois jeunes acteurs-danseurs un moment hybride éloignant les mécanismes d’entrave aux corps. Spectacle de l’extraordinaire, Respublika promet la fête, une fête qui mêle les langues, lituanien, russe et anglais, et entrelace les arts visuels et performatifs avec la littérature, l’architecture et le son.

 

Tous les registres d’émotion. D’un spectacle à un autre, les contrastes sont forts et tous les registres d’émotion sont déployés. Le rire se déclenche en détournant de son contexte une réflexion acide ou amère pour lui attribuer une légèreté salutaire et délivrante. Il en va ainsi pour Les gros patinent bien, spectacle cabaret que reprennent Paul Guillois et Oliver Martin-Salvan. C’est à ce dernier que Jean Varela a demandé de se plonger dans la foisonnante langue de Rabelais qui disait que « Le rire est thérapeutique ». Cela donne Les aventures de Pantagruel qu’Oliver Martin-Salvan lira et jouera avec Miguel Henry, sources de l’Avy à Grabels, lieu appelé aussi Les fesses de Madame. Après Les dimanches de Monsieur Dézert, Lionel Dray revient avec une épopée musicale, Ainsi la bagarre, qu’il interprète avec Clémence Jeanguillaume. Si tout commence par des nouvelles de Franz Kafka, le spectacle fait surgir des personnages lunaires que Buster Keaton et Jacques Tati ont rendu admirables.

Deux épisodes de la grande poésie circassienne marquent cette édition. D’abord avec l’acrobate virtuose Boris Gibé qui, avec Absolu, expérimente avec le public un conte vertigineux né dans la profondeur d’un curieux silo. Ensuite avec L’enquête, qui raconte celle menée par le circassien Sébastien Le Guen après qu’une vieille femme lui ait confié quelques objets ayant appartenu à son défunt mari, Pierre Bonvallet dit Punch, un clown blanc de l’après-guerre…

Un mois complet réservé à la scène, avec des temps forts pendant le week-end. De quoi étancher notre soif de créativité, de quoi porter notre regard loin, très loin !

 

Du 25 mai au 25 juin, Le Printemps des Comédiens

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ENTRETIEN AVEC JEAN VARELA
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