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L’actualité de Tchekhov au Printemps des Comédiens

par Jacques Moulins
"Ivanov" mis en scène par Myriam Muller au Printemps des Comédiens 2026. © Boshua
Arts vivants Théâtre Publié le 03/06/2026
L’écrivain russe séduit grand nombre de metteurs et metteuses en scène pour ses atmosphères fin de siècle. Myriam Muller reprend ainsi son "Ivanov" au Printemps des Comédiens après un "Vania" de Guillermo Cacace.

Il est des auteurs anciens qui parlent plus que d’autres à notre époque. Shakespeare ou Molière ont longtemps été un passage obligé pour les programmateurs de festival et les directeurs de théâtres. Ils sont aujourd’hui moins présents voire totalement absents. Anton Tchékhov a plus la faveur des hommes et femmes de théâtres et il est difficile de ne pas y voir un intérêt pour le monde finissant, inutile, absurde qui sert d’atmosphère à ses pièces. De quoi titiller nos imaginations qui cherchent quoi penser du monde présent.

Cet engouement a été favorisé par le travail remarquable d’André Markowicz et Françoise Morvan qui se sont attelés à traduire le maître russe en restituant un parler direct et populaire un peu gommé par les traducteurs précédents. Tiago Rodrigues, le directeur du festival d’Avignon, qui peu d’années auparavant se disait trop intimidé par l’auteur, a monté La Cerisaie dans le Palais des papes suivi dans cette même Cour d’honneur par l’incroyable mise en scène de Kirill Serebrennikov sur une nouvelle de Tchekhov Le Moine noir. Les créations se multiplient : le Platonov de Cyril Teste, La Mouette de Nauzyciel… L’année 2026 a commencé par un Ivanov interprété par Nicolas Buchaud avec Norah Krief dans le rôle de son épouse Anna. Une mise en scène époustouflante de Jean-François Sivadier créée au TNP de Villeurbanne et toujours en tournée.

 

Ivanov après Vania. Le Printemps des Comédiens de Montpellier ne déroge pas à l’attirance pour Tchekhov. Deux pièces y sont programmées, Vania présentée par le metteur en scène argentin Guillermo Cacace dans une adaptation brutale de L’oncle Vania et Ivanov reprise d’avril dernier de la pièce créée en 2020 au Théâtre de la Ville de Luxembourg par Myriam Muller. Tchekhov avait d’abord écrit une « comédie en quatre actes », qu’il a ensuite remanié en « drame » devant l’accueil violent fait par le public. Sivadier a mêlé les deux versions, Muller a préféré partir de la comédie. La fête n’en est pas moins gâchée par l’insupportable inaction d’Ivanov (Jules Werner) l’inanité de ses confrères et l’obsession pour l’argent ou pour la reconnaissance sociale des personnages féminins. Seule Anna, l’épouse d’Ivanov, et Sacha, sa future, tentent sans succès de sortir de cet atmosphère dévastatrice que la metteuse en scène a ressenti comme un écho à notre époque « Dans une société dans laquelle l’existence est déterminée par le travail, l’argent, la réussite sociale, celui qui en est dépourvue devient vite superflu. Ivanov, l’intellectuel sceptique devenu par désenchantement et malchance un inactif endetté, fait partie de ces « gens superflus ».

Sur un vieux tapis élimé entouré de tous côtés par les gradins, Ivanov va dérouler sa dépression, sa « terrible lucidité » dit Myriam Muller qui voit dans son inaptitude à toute chose et à tout sentiment l’impossibilité de réagir dans un monde bloqué, verrouillé. La comédie est bien présente qui soulage la lourde pesanteur des personnages. Frôlant parfois la caricature, particulièrement du docteur Lvov, malgré la recommandation sévère de Tchekhov qui mettait en garde « faire (de ces hommes) une caricature, même dans un but théâtral, manquerait d’honnêteté, et, d’ailleurs serait sans intérêt. (…) Mieux vaut laisser des blancs dans un dessin que de le salir ». Ce qu'évite en général Myriam Muller servie par une distribution admirable.

 

Ivanov d’Anton Tchkhov, mise en scène Myriam Muller dans la traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan. Printemps des Comédiens les 2 et 3 juin. Avec Mathieu Besnard, Denis Jousselin, Nicole Max, Jorge De Moura, Sophie Mousel, Valéry Plancke, Manon Raffaelli, Raoul Schlechter, Pitt Simon, Anouk Wagener et Jules Werner.

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